Texte de Victoria Erausquin
Critique d'art à l'expansion (Madrid)

"Actuellement, en sculpture, nous pouvons observer deux courants diamétralement opposés. Celui de ceux qui, dans une espèce de fuite en avant, testent constamment de nouvelles techniques, ces dernières constituant principalement l’œuvre en elle-même sans laisser paraître que le sujet les intéresse davantage de façon tangentielle ou comme prétexte, et le courant de ceux qui tournent leurs regards vers le classicisme à travers une révision permanente des thèmes et techniques classiques.

 

La sculpture d’Isabelle Witt est directement reliée à l’œuvre des plus grands de la sculpture française.

 

Auguste Rodin, avec lequel débute la sculpture moderne,  elle partage son intérêt de marquer l’origine de son œuvre en utilisant pour ce faire la technique consistant à laisser une partie de ses oeuvres inachevées, comme si elles sortaient à ce moment de son sein pétré suivant le fil conducteur du clacissisme de Michel Ange quand il disait qu’il essayait de reconstruire les pensées de Dieu lorsque celui-ci entrepris la création de l’univers.

 

Un autre grand génie de la sculpture française, Aristide Maillol, est également présent dans l’œuvre d’Isabelle Witt même si cette influence est moins évidente. En effet, les œuvres de ces deux artistes sont marquées par l’influence de la géométrie, basique bien que cachée dans la sobriété et la simplification des volumes. Bien que dans l’œuvre de Witt l’inertie de la matière soit soustraite du monde vécu et de la géométrie de base, on apprécie en elle un schéma auquel nous pourrions appliquer les mots de Maillol : « je construis mes figures selon un schéma Géométrique. Par exemple, la Méditerranée est inscrite dans un carré parfait »

 

Une autre influence des plus présentes dans l’œuvre d’Isabelle Witt est l’œuvre de Brancusi, le véritable créateur de la sculpture contemporaine, celui qui rompit définitivement avec la statuaire, recherchant une simplicité primordiale et atteignant une étroite relation entre le travail de la main et l’inspiration créatrice. Comme Brancusi, Witt domine le sculpté de la matière combiné à une austérité de style comme si une intuition basique jaillissait des deux en sculptant pour les unir avec les forces secrètes de la nature.

 

Une des caractéristiques du clacissime est que sa révision historique permanente apporte des éléments tant sur le propre temps pendant lequel l’œuvre a été configurée que sur la tradition qu’elle porte en elle. Ainsi, dans l’œuvre d’Isabelle Witt , sont également présents l’abstraction, le cubisme et les principaux mouvement du XXe siècle conjuguant la double lecture de la figuration partielle inscrite dans le volume initial qui constitue une sculpture en elle même. De fait, la sculpture cubiste ou abstraite s’est rarement dégagée complètement de son versant figuratif. De ce fait, le volume figuratif n’est plus le seul à commander, mais c’est le volume et la forme du matériel utilisé  qui est véritablement déterminant comme dans l’œuvre de Witt dans laquelle c’est la pierre originale qui réellement commande, la sculpteuse étant celle qui manie le double langage de la masse abstraite de la pierre et des formes organiques taillées en elle.

 

Avec l’admiration du corps humain d’une danseuse de ballet classique et le respect des matières les plus nobles qui jaillissent de la terre comme le marbre, l’albâtre ou le bois, traités câlinement, Isabelle Witt construit son œuvre sur la solide base de la connaissance de la technique. La forme qui est si essentielle dans sa sculpture n’est pas une forme statique et complète mais partielle et en mouvement dans l’intention d’exprimer un instant pendant lequel le corps humain jaillit de la matière informe sans perdre à aucun moment l’équilibre et la sérénité qui caractérisent, de même que le classicisme, toute son œuvre."